Boris Vian, ou comment faire des couilles pour le potage

Publié le par momotte

    Retirez le Q de la coquille : vous avez la couille, et ceci constitue précisément une coquille.
    Je laisse à cet axiome, monsieur, le soin de perforer lui-même, de son bec rotatif à insertions de patacarbure de wolfram, les épaisses membranes dont s'entoure, par mesure de prudence, votre entendement toujours actif. Et je vous assène, le souffle repris, ce corollaire fascinant :
    Et ceci est vrai, que la coquille initiale soit une coquille de coquillage ou une coquille d'imprimerie, bien que la coquille obtenue en fin de réaction soit toujours (à moins de marée extrêmement violente) une coquille d'imprimerie en même temps qu'une couille imprimée.
    Vous entrevoyez d'un coup, je suppose, les conséquences à peine croyables de cette découverte. La guerre est bien loin. Partons d'une coquille de coquillage, acarde ou ampullacée, bitestacée ou bivalve, bullée, caniculée ou cataphractée, chambrée, cloisonnée, cucullée... mais je ne vois pas l'intérêt de recopier dans son entier le dictionnaire analogique de Boissière. Bref, partons d'une coquille. La suppression du Q entraîne presque immédiatement la mutation du minéral inerte en un organe vivant et générateur. Et dans le cas d'une coquille initiale d'imprimeur, le résultat est encore plus spectaculaire, car la coquille en question est essence et abstraction, concept, être de raison, noumène. Le Q ôté permet le passage de l'essence à l'existence non seulement existante mais excitable et susceptible de prolongements.
    J'aime à croire que parvenu à ce point, vous allez poser votre beau front dans votre main pour imiter l'homme de Rodin — vous conviendrez en passant de la nécessité d'une adéquation des positions aux fonctions, et que vous n'auriez pas l'idée de déféquer à plat ventre sauf caprice. Et vous vous demanderez, monsieur, d'abord, quel est le phénomène qui se produit. Y a-t-il transfert ? Disparition ? Mise en minorité ? ou effacement derrière une partie plus importante, que le trout ? Qui sait ? Qui ? Mais moi, naturellement sans quoi je ne vous écrirais pas. Je ne suis pas de ces brutes malavisées qui soulèvent les problèmes et les laissent retomber sauvagement sur la gueule de leur prochain. Tiens, pourtant, si, en voilà un autre qui me tracasse, et je vous le dis en passant, car le genre épistolaire permet plus de
caprice et de primesaut que le genre oratoire ou dissertatif, lequel je ne me sens pas qualifié pour oser aborder ce jour. L'expression : mettre la dernière main n'implique-t-elle pas, selon vous, que l'une des deux mains — et laquelle — fut créée avant l'autre par le père Ubu ? La dernière main est souvent la droite ; mais d'aucuns sont-ils pas gauchers ? Ainsi, de la dextre ou de la senestre, laquelle est la plus âgée ? Gageons que ce problème va tenter Madame de Valsenestre à qui, en passant, vous voudrez bien présenter mes hommages. Et revenons à nos roustons. (...)

Texte tiré de la Lettre au provéditeur-éditeur sur un problème Quapital et quelques autres à lire en entier sur le www.borisvian.fr

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C
J'ai mal à la tête. <br /> Merci Momotte d'être revenu parmi ...moi
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